Bonjour, je viens de faire entièrement le devoir proposé pour Sciences-Po Paris.
J'ai mis aussi les titres des parties et sous parties entre crochets:
[Introduction]
Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le déclin des grandes religions est sensible dans les pays démocratiques d'Occident. En témoigne l'image du curé français des années 1960 rentrant de l'Église un dimanche matin, faute de fidèles pour la messe. Croyance et démocratie ne semblent pas faire bon ménage. L'Homme démocratique cherche, d'une part, à garantir à tous les citoyens un espace de liberté pour qu'ils puissent exercer leur devoir politique dans les meilleures conditions, et, d'autre part, à égaliser les conditions des Hommes pour garantir le lien social. Elle se méfie de la religion, qui, définie par un ensemble de valeurs et de dogmes conçus par un être divin, l'accuse de soumettre les fidèles.
Pourtant, la religion n'a pas entièrement disparu des sociétés démocratiques occidentales. La religion joue aussi un facteur de paix sociale qui renforce la démocratie. Dans ces conditions, quelle place occupe la religion dans les sociétés démocratiques ? Plus radicalement, quelle forme revêtent aujourd'hui les religions, si ce n'est pas sous la forme d'un être supra-humain ?
Dans cette perspective, il convient d'abord de voir en quoi le fait de croire en une divinité s'oppose à l'idéal démocratique. Pourtant, la croyance joue un rôle social intégrateur non-négligeable qui renforce la démocratie. En définitive, c'est la forme que revêtent les «nouvelles divinités» qu'il convient de s'interroger.
[I) La religion : un cadre non-propice à la démocratie ?]
L'Homme démocratique, parce qu'elle accuse les divinités d'aveugler les fidèles, voit en la religion une menace et cherchent à se passer de croyances. Ses défenseurs cherchent légitimement à éliminer toute trace de croyance en rationalisant les actions humaines, de la sorte à leur donner un cadre de liberté.
[A) La religion : facteur d'individualisme]
Marx analyse ce schéma dans Critique du droit politique hégelien: les divinités enchaînent les Hommes en les emprisonnant dans les abstractions produites par les croyances. Il considère religion comme une véritable drogue : «l'opium du peuple». Par les dogmes, la religion épargne à l'Homme la nécessité de penser, de produire un jugement propre. De facto, ils ne prennent pas conscience de leur appartenance de classe et se replient sur eux-même. Les divinités fournissent un cadre propice à l'individualisme, ennemi principal de la démocratie, si l'on en croit Alexis de Tocqueville : les hommes se désolidarisent de la vie publique pour se concentrer sur leur intérieur. Les religions sont facteurs de désengagement politique, qui, à terme, peut être fatale pour la démocratie.
[B) La croyance, une obstacle au progrès]
Mais aussi la religion empêche une société d'évoluer, de muter. La croyance en un être suprême invisible et en des dogmes ne peuvent être remis en cause, fautes de preuves pour les réfuter. Or, une démocratie doit s'adapter pour se développer et pour subsister. L'homme démocratique doit ainsi assurer un cadre favorable aux progrès en éliminant les dogmes. Les Lois Laïques de 1905 consistent à limiter l'enseignement religieux dans les écoles et à supprimer toute trace de religion dans les lieux publics et administratifs. Jules Ferry affichait publiquement sa crainte de la religion : il considérait la religion comme un facteur de division sociale et d'endoctrinement. L'Homme démocratique se sécularise et se rationalise, ce qui lui permet évoluer et faire évoluer sa société pour permettre le cadre démocratique.
[Transition]
Les hommes démocratiques cherchent à affaiblir le pouvoir des divinités à double titre : en cherchant à combattre l'individualisme et à permettre l'évolution de leur société . Mais les divinités disparaissent-elles pour autant du paysage démocratique ? En 1980, lors des grèves de Gdansk en Pologne populaire, là où la religion était bannie, les militants pro-démocrates de Solidarnosc organisaient des messes en plein-air. L'ambiguïté du problème est là : la religion a un pouvoir de rassemblement qui dépasse le rationnel...
[II) La religion, gage de paix social]
La religion joue pourtant un pouvoir social conséquent. Elle a le pouvoir de rassembler les citoyens. Sur le plan individuel, elle forme l'essence de l'individu, gage de stabilité intérieure.
[A) Le pouvoir rassembleur de la religion]
Religion a deux sens étymologiques : religere, en latin, signifie relier; religare signifie rassembler. Là est l'ambiguïté de la définition : la religion crée des liens entre les hommes dans le but de les rassembler, de les unir. Saint-Paul comprend la difficulté à définir la religion et voit dans la religion le lien invisible entre les hommes. Ils appartiennent à une même communauté, sont membre d'un même ordre social et acceptent de s'associer à un même Droit. Rappelons que Église vient du grec Ecclèsia, qui désignait l'assemblée démocratique des citoyens athéniens dans l'Antiquité. Par ailleurs, le tribunal démocratique athénien décide de condamner Socrate à mort pour «blasphème envers les Dieux de la Cité», preuve que la divinité joue ce rôle de déterminant du Droit, fédérateur d'une société démocratique. Le rôle joué par la divinité apparaît donc bénéfique pour la démocratie : celle-ci ne peut fonctionner que si elle s'exerce dans un cadre de paix sociale. Elle associe les hommes dans le but qu'ils adhèrent à une même société et qu'ils consentent à participer à son fonctionnement.
[B) La religion à la conquête de soi]
Sur le plan de l'individu, la religion apparaît comme une raison de vivre pour ses fidèles. Elle aide le sujet à former son essence : par les valeurs de sa divinité, le sujet forme sa personnalité et se fixe ses propres valeurs. Alexis de Toqueville constate que les Américains attachent beaucoup d'importance à leur divinité tout en vivant dans un cadre de pleine liberté et en contribuant au fonctionnement d'une démocratie éclairée. Il en vient à la conclusion que «la liberté n'existe pas sans morale, ni morale sans foi». Par ailleurs, lorsque Antigone brave l'interdiction royale d'enterrer son frère Polynice, elle justifie son acte par les règles divines : tout homme mérite le Salut. Preuve que la religion donne les moyens moyens de juger du juste et de l'injuste ainsi que d'agir librement. De facto, elle est gage de stabilité individuelle. Or, la stabilité individuelle assure la sécurité de l'autre, elle est donc gage de paix sociale, et donc de démocratie.
[Transition]
L'Homme démocratique semble ne pas être capable de se séparer de la religion : seule la religion a le pouvoir de rassembler et d'unir entre eux un nombre important de citoyens. En outre, elle libère l'Homme de l'ignorance et lui donne un cadre de liberté. Ainsi, si les hommes démocratiques rejètent la présence d'un être supra-humain, de quelles formes prennent les divinités d'aujourd'hui ?
[III) La religion : un fait omniprésent des sociétés démocratiques]
Les hommes démocratiques, devant reconnaître le bien-fondé de l'action des divinités en matière sociale, reproduisent sous des apparences plus subtiles leurs dieux. Elles réapparaissent dans le domaine politique, mais elles sont surtout ancrées dans le domaine social.
[A) Le souverain politique : une divinité parmi les hommes ?]
Les divinités sont réincarnées de la façon la plus sensible dans le domaine de la politique. Le souverain politique lui même présente les caractéristiques d'une puissance divine terrestre. Hobbes analyse la place du souverain dans les régimes politiques dans Léviathan : pour mieux s'associer et pour se débarrasser de leur état de nature violent, les Hommes délèguent encore plus de pouvoirs au souverain. Ils chargent ce souverain de garantir le pacte social, gage de stabilité sociale. Pourtant, la stabilité sociale est un facteur déterminant d'une démocratie. Ainsi, le souverain moderne démocratique, l'État-Providence revête toutes les caractéristiques d'un être supra-humain puissant. La providence renvoie d'ailleurs à la puissance divine. Il doit garantir le bonheur des citoyens en les protégeant contre les risques de l'existence. L'État-Providence se place ainsi au centre de la vie démocratique.
[B) La société de consommation : "la religion des athées ?"]
Les divinités sont-elles aussi présentes dans notre vie quotidienne ? Si l'on en croit Mircea Eliade, l'homme est religieux inconsciemment. L'homme moderne «athée» reproduit sans cesse des rîtes «dégradés» et des comportements à ressemblance religieuse : à la naissance du premier enfant, à l'obtention d'un diplôme, d'un travail... . La religion semble ainsi se présenter sous des formes multiples. Plus intéressant, notre société de consommation voue un véritable culte à ses produits : qu'ils soient matériels ou humains. L'image y joue un rôle notable : les publicités, par la mise en valeur du produit et des slogans publicitaires, revêtent un caractère religieux. Dans Les Choses de Georges Perec, Sylvie et Jérôme vouent un véritable culte aux biens de consommation, rêvant d'acquérir toujours plus qu'ils ne le peuvent. Les personnalités «people» sont en outre considérés comme de véritables divinités : en témoigne la recrudescence des magazines voyeuristes. La mort de Mickael Jackson le 25 juin 2009 a par ailleurs suscité un émoi mondial, preuve que l'autoproclamé «Roi de la Pop» a fait l'objet d'un véritable culte lors de sa carrière.
Les divinités se reproduisent sous des formes plus modernes. Nos actions ont souvent une connotation religieuse : notre attentisme face à l'État-Providence et notre engouement pour les biens de consommation en sont une des manifestations du religieux dans notre vie.
[Conclusion]
Entre attirance et rejet, la religion entretient un rapport ambiguë avec notre société «démocratique et laïque». Rationalisé, l'Homme démocratique ne laisse aucune place aux dogmes nourris par la religion. Pourtant, la croyance en une divinité est gage de paix sociale, capital dans une démocratie.
La religion apparaît alors nécessaire pour l'individu qui se désignent de nouvelles divinités. La religion est reproduite sous des formes protéiformes : les images que reproduisent notre société de consommation en sont une des belles manifestations. L'homme démocratique ne peut pas se passer des dieux dans le sens où ceux-ci font partie intégrante de lui-même.